La Tribune - 14 avril 2011
Électricité: n'enterrons pas la concurrence!
Par Daniel Fasquelle Député UMP, maire du Touquet, vice-président de la commission des Affaires économiques
On entend en ce moment beaucoup de bêtises sur la concurrence et ses effets sur le marché de l’électricité. En résumé, beaucoup associent, à tort, ouverture à la concurrence avec augmentation des prix pour l'ensemble des Français. […]
Fin2010, nous, parlementaires, avons adopté une loi importante : la loi Nome (nouvelle organisation du marché de l'électricité). Ce texte a pour vocation première de sortir d'une situation paradoxale : alors que, sous influence européenne, la France a décidé le 1erjuillet 2007d'ouvrir son marché de l'électricité à la concurrence, la coexistence de prix régulés et du maintien du monopole d'accès à l'électricité nucléaire (imbattable sur le plan des tarifs) à l'opérateur historique plaçait les nouveaux entrants en situation structurellement déficitaire. Les GDF Suez, Poweo et autres Direct Énergie ne pouvaient donc matériellement rivaliser avec EDF et proposer ce que la concurrence apporte toujours dès lors que l'égalité des armes est respectée : une baisse des prix, motivée par la volonté de gagner des parts de marché. Ou, à tout le moins, la garantie de la facture la plus basse possible pour le consommateur final, […]. Ayons le courage d'affronter la vérité : nul ne peut ignorer que, aujourd’hui, les prix de l'énergie subissent des pressions exogènes à la hausse en raison, notamment, des demandes d'investissement dans la sécurisation du nucléaire après Fukushima ou des tensions dans les pays producteurs de pétrole. Mais si le prix de l'électricité doit augmenter à court terme, il augmentera d'autant moins et d'autant moins longtemps en situation de véritable concurrence. […] Mais pour en arriver là, il ne faut pas stopper net le processus d'ouverture réelle à la concurrence et, au moment de le mettre en application, lui préférer la politique de l'autruche. Pourtant, on sent monter la tentation de reporter à janvier2012 l'application de la mesure phare de la loi Nome (contraindre EDF à vendre un tiers de sa production d'électricité nucléaire aux nouveaux entrants à un tarif raisonnable autour de 40 euros le mégawatheure afin que leurs clients bénéficient tous des prix avantageux de l'électricité nucléaire). À quelques semaines de l'élection présidentielle, on peut déjà prédire qu'un nouveau report sera, à ce moment-là, décidé.
Reporter l'application de la loi Nome serait une erreur majeure .Ce qu'on verrait, avec une telle mesure, c'est un maintien de tarifs actuels (exagérément bas au regard des circonstances actuelles) pour les Français pendant quelques mois de plus ; mais ce qu'on ne verrait pas, c'est que les Français devront bien, un jour, payer le véritable prix de l'énergie qu'ils consomment […], plus dure sera la chute.
Le principe de la loi Nome résulte, par ailleurs, d'un compromis difficile à obtenir avec Bruxelles. On semble oublier que celui-ci pourrait être remis en cause en cas de non-application immédiate de cette loi, ce qui menacerait directement le maintien du tarif réglementé à la vente d'électricité en France et ferait courir le risque d'une amende de plusieurs milliards d'euros sur la tête de nos industries qui, en ces heures de compétitivité fragile, n'ont pas besoin de cela. […] Et si, comme c'est le cas aujourd'hui, des peurs collectives et des idées fausses émergent, notre devoir d'élus est de faire la pédagogie de nos réformes, et de les mettre en œuvre avec conviction, certainement pas de leur tourner le dos.





